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Neuf ans après, on ne sait toujours pas qui a tué Matoub...

"A win i jebden amrar, ikhfiss a tha da ghuri"

Vous, vous ne le savez peut-être pas, moi si, et je ne suis pas seule à le savoir. La difficulté est de le démontrer avec des preuves tangibles, faudrait-il pour cela, écouter et répondre aux revendications de la partie civile. Quand vous réclamez une reconstitution scientifique du crime et une étude balistique, c’est dans le but de constater d’une manière précise, le nombre d’assaillants, la manière dont ils ont agi, le type et le nombre d’armes qui ont servi à cet attentat. Jusque-là, c’est élémentaire et ne demande rien d’exceptionnel. A la date d’aujourd’hui, cela n’est toujours pas fait. Quand dans un assassinat, il y a des témoins physiques et oculaires adultes et en bonne santé, qui démentent leur premier témoignage recueilli sous la pression et par un chantage, il est du devoir du juge d’instruction de faire son travail, surtout quand des noms sont cités. Quand vous avez des gens connus qui vous annoncent le lendemain du crime, des certitudes quand à l’identité des assassins, il faudrait les auditionner pour savoir d’où proviennent leurs sources. Une de ces personnes connues, déclare que l’avant-veille de l’assassinat, la victime lui aurait sollicité un visa pour sa femme et que, le sachant menacé, il lui aurait conseillé de ne pas sortir de chez lui. Dans ce cas, Il y aurait une " non assistance à personne en danger ". Dans l’autre cas, qui est plus probable suite aux témoignages de personnes très proches, la victime a tenté à plusieurs reprises de rentrer en communication avec celui qui détenait le passeport de sa femme depuis sept mois, et non pas depuis l’avant-veille, et qui lui promettait un visa pour sa femme. D’après le témoin principal, " Lounès n’arrivait plus à joindre personne, il tombait sur la secrétaire qui lui disait qu’ils étaient injoignables ". Nous avons la preuve que l’unique demande de visa concernant l’épouse de Lounès, a été déposé le 16 juin, trois jours après son arrivée précipitée et certainement provoquée, auprès des services concernés de l’ambassade de France par la secrétaire du chef d’un parti bien connu, et que cette même secrétaire a reçu un télex le 18 juin, c’est-à-dire 48 heures après, pour l’informer de l’obtention de ce fameux visa. Une des questions que l’on se pose, pourquoi entre le 18 et le 25 juin, Lounès n’a pas été informé de ce visa. Pour moi, la seule explication possible, c’est une volonté de le retenir pour permettre aux assassins d’exécuter leur programme. Et pourquoi cette personne a-t-elle autant menti, si elle n’a rien à se reprocher ? Il y a beaucoup de questions à éclaircir dans ce dossier et tant que les assassins et les commanditaires bénéficieront d’une protection politique ou autre, on ne pourra pas avancer, c’est pour cela que huit ans après, on ne sait pas officiellement qui sont les assassins.

Quand vous parlez de l’assassinat, vous avancez des certitudes comme l’innocence de Chenoui et de Medjnoun. Sur quelle base avancez-vous cela ?

Je n’ai aucune certitude de quoi que ce soit concernant ces deux inculpés mais je sais comme tout le monde qui les a désignés pour être des bouc émissaires et je suis quelqu’un de juste, je ne voudrai pas que ces jeunes croupissent toute leur vie en prison alors qu’on n’a aucune preuve de leur implication dans cet assassinat. Tout individu a le droit d’être jugé et tant qu’aucune preuve ne formule son implication, il est présumé innocent. En tout cas, ce n’est pas eux qui m’empêchent depuis sept ans, de rechercher la vérité sur l’assassinat de Lounès. Pour moi, les retenir en prison, c’est une manière de noyer le poisson en refusant de les livrer aux autorités chargées d’instruire ce dossier. D’après le témoignage du frère d’un des détenus, un député de RCD en fonction à l’époque, lui aurait confié que l’implication de son frère dans cet assassinat, serait le seul moyen de se blanchir des soupçons portés à son égard. Si cela ne suffit pas pour alerter les consciences juridiques, je ne vois pas comment on peut se prétendre représentant de la justice, à moins qu’une décision politique paralyse tout espoir de paix et de réconciliation dans notre noble région.

Vous avez déclaré que le dossier de Matoub est une affaire politique et non pas une affaire de justice, comment ?

Evidemment que c’est une affaire politique, si vous confiez le dossier de l’enquête à une école d’avocats neutre, en six mois nous connaîtrons avec preuves à l’appui les assassins et les commanditaires. C’est politique parce qu’il y a une volonté de ne pas faire la lumière sur cette affaire ou alors il y a une crainte de ne pas le faire.

Le RCD est exclu d’emblée de tout ce qui sera entrepris par la fondation, pouvez-vous étayer cette décision ?

Personne n’a jamais été exclu de quoi que ce soit, sauf les assassins de Lounès. J’ai beaucoup de respect pour les militants de ce parti que j’avais moi-même soutenu mais quand le capitaine d’un bateau est incapable et irresponsable, il faudrait que les matelots se révoltent avant que le bateau ne coule avec eux. Quand vous avez des individus, chefs de ce parti, qui prétendent être " les amis du défunt et des gens qui savent tout ", il faudrait se poser la question : Pourquoi sont-ils hostiles aux revendications légitimes de la famille du défunt ? Quand ces mêmes individus sont hostiles au devoir de mémoire envers une personnalité comme Lounès Matoub, il y a de quoi se poser des questions. Ces mêmes individus vous intentent des procès pour diffamation, à Paris, dès que vous posez une question, et d’un autre côté, ils prétendent défendre la liberté d’expression et la démocratie. Ces gens là, je les ai interpellé à plusieurs reprises, pour les inviter à un débat, je suis prête à me confronter à eux quand ils le voudrons et où ils voudrons, mais devant témoins. J’ai au moins une bonne centaine de questions à leur poser, mais je sais qu’ils ne le feront pas, ils sont trop lâches, ils ne connaissent que les coups dans le dos, je vous dis ça en connaissance de cause, cela fait sept ans que je subis leurs agressions. La plupart de leurs militants leur ont tourné le dos, au moins tous ceux qui ont compris qui ils étaient vraiment. Maintenant, si le RCD appartient à une poignée d’individus qui se comptent sur les doigts d’une main, tans pis pour ce parti qui va très mal et qui ne peut que sombrer. Les nobles idées pour lesquelles beaucoup de mes compatriotes se battent, ne sont pas la propriété morale de deux ou trois personnes, ce sont des idées politiques, réfléchies pour améliorer la situation politique de notre pays, et j’y adhère. Beaucoup de militants du RCD sont des gens respectueux de Matoub, c’est eux qui attirent mon regard. Le 24 janvier dernier, pour commémorer le cinquantième anniversaire de Lounès, des présidents d’APC-RCD et des militants du même parti ont répondu à notre invitation. Je n’ai aucun problème avec les gens sincères, quels que soient leurs opinions politiques. Ce que je demande aux responsables de ce parti, et non au parti, c’est de répondre aux faits qui les impliquent dans l’assassinat de mon frère.

Avez-vous un message pour les enfants du Rebelle ?

Inijjel yergeln abrid, semmhen deg s wid t-ifersen "Ces ronces qui obstruent notre route, furent oubliées par nos éclaireurs"

Tenez bon, le chemin est encore long et semé d’embûches, mais tant que nous vivrons, l’espoir est permis. Matoub nous a laissé un héritage et une responsabilité très lourde à gérer, il y va de chacun d’en tirer le meilleur profit mais c’est à nous aussi de faire de sa mémoire, une plateforme qui profitera aux générations futures.

Propos recueillis par Aomar Mohellebi

Source : La Dépêche de Kabylie du 19/02/06

  

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